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Colloque international Max et Iris Stern 11
Topographies de la violence de masse

31 mars et 1er avril 2017

Musée d’art contemporain de Montréal

 

Katsi’tsakwas Ellen Gabriel
L’art de la propagande, les « faits réels » et l’érosion des droits de la personne des peuples autochtones

(en anglais)

Vincent Lavoie
Quelle visualité pour l’exode de masse ?

La crise migratoire des réfugiés syriens et irakiens n’aura pas échappé à l’attention des producteurs d’images. World Press Photo, Pulitzer, Pictures of the Year, National Press Photographers Association, tous les concours de photojournalisme auront en 2016 porté au sommet de leur palmarès des images de cet exode. Outre ces « chefs-d’œuvre » du photojournalisme, se trouvent des images « amateur » réalisées par les réfugiés eux-mêmes, au gré d’itinéraires et d’itinérances complexes dessinant une cartographie mouvante de la migration (Exodus : Our Journey to Europe, BBC, 2016). Puis des propositions artistiques qui se sont approprié des technologies militaires capables de dresser la cartographie thermique des flux migratoires (Richard Mosse, Incoming, 2016). Quelles topographies de la migration ces trois modes de production visuelle – journalistique et canonique, amateur et diasporique, militaire et artistique – établissent-ils ? Quelle représentation globale de cette crise tirer de tels tropes visuels ? L’exode de masse serait-il générateur d’un conflit visuel ?

Susan Schuppli
Les médias en tant que zones de conflit

Pendant que les lignes de front se déplacent progressivement dans l’espace secret de l’informatique et de l’abstraction numérique, bien au-delà des seuils de la perception humaine et de ses modes d’expression, nous ne pouvons plus nous fier aux formes traditionnelles du journalisme pour nourrir nos points de vue critiques sur des situations de conflit. L’espace de l’écran a multiplié et réfracté les « cadres de la guerre » en un champ complexe de détecteurs, de logiciels et de serveurs qui traquent leurs cibles – combattants, capital et consommateurs – à travers le spectre électromagnétique. Enquêter sur les formes numérisées et automatisées de violence contemporaine exige un réalignement conceptuel dans lequel nous apprendrons à déceler la spécificité des batailles qui se déclenchent d’elles-mêmes au niveau du processus : des traductions entre formats de fichier à la latence des signaux, des erreurs de compression à la rémanence des données et jusqu’à la diffusion de métadonnées. Si les appareils photo, les caméras et les médias se sont depuis longtemps aventurés dans les zones de conflit, exposant les injustices et documentant les exactions, l’expansion de ces zones en de puissants dispositifs informatiques doit donner lieu à de nouvelles pratiques de décodage pour que nous puissions intervenir politiquement dans les champs électroniques de données transformées en armes, où les algorithmes exécutent et les pixels dissimulent les crimes.
(en anglais)

Derek Gregory
La mort de la clinique: frappes chirurgicales et espaces d’exception

Un espace d’exception est un endroit où les gens sont sciemment et délibérément exposés à la mort du fait de la suspension des dispositions légales qui les protègeraient normalement de la violence. Le champ de bataille moderne est l’un de ces espaces où la violence militaire est régulée par l’activation de la loi internationale (« le droit de la guerre »). Il existe également une exception à l’exception – les hôpitaux où l’on soigne les malades et les blessés qui sont hors de combat et qu’on ne peut pas attaquer – et, pourtant, les guerres en Afghanistan, à Gaza, en Syrie, au Yémen et ailleurs ont démontré que cette immunité est en train d’être systématiquement sapée. Cette présentation retrace l’histoire plus ancienne de la militarisation des soins médicaux et, par une analyse rigoureuse des frappes aériennes et des géographies des soins traumatologiques en Afghanistan et en Syrie, elle montre ce qui est en cause dans ces nouvelles tentatives d’affaiblir, voire de dissoudre, la capacité de la loi humanitaire internationale de limiter les épisodes de violence de masse.
(en anglais)

Joaquin Barriendos
Topographies spectrales: Fosses, esthétique et la politique de la vérité au Mexique

Au cours des dix dernières années, des centaines de tombes clandestines ont été trouvées un peu partout sur le territoire mexicain, refaçonnant ainsi la topographie de violence qui découle de la soi-disant « guerre de la drogue ». Cependant, les restes humains et les excavations médicolégales ne sont que la pointe d’un iceberg composé de milliers de corps absents, d’outils juridiques inexistants et d’une imputabilité gouvernementale évasive. Combinés, ces ingrédients produisent une sorte de violence spectrale contre la société civile, dans laquelle le manque de traces favorise un état de terreur permanent dans le corps social, faisant de la violence un dispositif somatique de peur systémique. Dans ma communication, j’aborderai le rôle de la mémoire sociale, des manifestations artistiques spontanées et de la culture visuelle dans l’articulation de ce que j’appelle la dimension performative des droits de la personne, c’est-à-dire la « dé-somatisation » de la violence spectrale au moyen de machines politico-esthétiques. En confrontant des études de cas antagonistes, je tenterai, durant ma présentation, de comprendre la politique de la vérité dans le Mexique post-Ayotzinapa.
(en anglais)

Julie Nagam
Une révélation de l’ontologie du territoire au moyen de récits visuels autochtones sur la mémoire, la connaissance et les histoires vivantes

Dans cette communication, Julie Nagam se penchera sur le travail d’artistes contemporains autochtones comme Rebecca Belmore, Robert Houle et Jeff Thomas, qui dévoilent des géographies cachées dans les espaces urbains de Toronto et d’autres grands centres du Canada au moyen d’interventions inspirées de récits indigènes traitant des lieux et des concepts de l’espace autochtone. Nagam s’intéresse à une esthétique du dialogue et à sa capacité de transformer les récits historiques, patrimoniaux, culturels, archéologiques et géographiques afin d’imaginer un espace possible. Sa recherche et sa pratique sont essentiellement fondées sur l’idée que l’art peut créer les conditions épistémologiques, critiques et phénoménologiques permettant d’analyser des histoires linéaires, officiellement construites, et de les confronter à des récits de lieux en engageant un dialogue direct avec l’archéologie et la géographie de ces espaces.
(en anglais)